Artisans et Bois n°83
MAPrimeRÉnov’
dans l’impasse
Après un début d’année 2026 chahuté par la hausse des prix du carburant, une énième refonte de la REP PMCB ou une activité encore morose pour de nombreux professionnels du bâtiment, la rentrée s’annonce tout aussi mouvementée avec une nouvelle évolution de MaPrimeRénov’. Annoncée avant l’été par les pouvoirs publics, cette nouvelle mouture du dispositif, déjà tant de fois remanié, prévoit l’exclusion pure et simple de certains monogestes. Depuis le 1er septembre, l’isolation des combles, l’installation de poêles à bois et de chaudières biomasse ou le remplacement de fenêtres ne sont ainsi plus éligibles aux aides de l’État! Le texte privilégiant les rénovations «globales ».
Sur le principe, concentrer les financements sur les projets les plus performants énergétiquement est recevable. Mais la réalité est tout autre. Une rénovation d'ampleur représente un budget important que peu de ménages peuvent assumer. Et dans les faits, elle s’envisage souvent étape par étape, selon les moyens et les priorités de chacun. Avec l’exclusion des monogestes, c'est précisément cette progressivité qui est aujourd'hui menacée.
Le paradoxe est d'autant plus frappant que cette décision survient alors que les épisodes de canicule se multiplient. Que l’adaptation des logements au changement climatique est devenue une nécessité. Et que la chasse aux passoires thermiques est plus que jamais d’actualité. Dans ce contexte, réduire le périmètre de MaPrimeRénov’ revient à écarter l'un des leviers les plus efficaces de la rénovation énergétique!
Au-delà de la mesure elle-même, c'est aussi et surtout les trop nombreux revirements du dispositif qui posent question. Reports, suspensions, réouvertures, nouvelles restrictions… la saga de MaPrimeRénov’ n’en finit plus et cette «instabilité» chronique entretient l'attentisme des particuliers autant qu’elle complique la visibilité des entreprises. Dans une filière bois déjà affectée par le ralentissement de la construction neuve, la rénovation est devenue un levier essentiel de l'activité. Amputer le dispositif de certains gestes risque de mettre un peu plus à mal bon nombre de professionnels.
Adèle Cazier
